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Catégorie : Rationalité

Le désir et la contradiction

Le désir et la contradiction

By Peter nussbaumer via Wikimedia Commons

Chère Maïa Mazaurette,

Je vous lis toujours avec un très grand plaisir. Vous placez nos dimanches sous d’heureux et libérateurs auspices. Vous posez de très bonnes questions et vous cherchez à y répondre de façon non dogmatique, subtilement, en nous invitant à la réflexion. Cette attitude, qui devrait être celle de tous les penseurs et essayistes, est rare. 

Je vous écris car vous posez aujourd’hui, comme d’habitude, une excellente question : que disent les fantasmes BDSM de la réalité ? Autrement formulé: une femme qui déclare avoir des envies de soumission peut-être être féministe ?

C’est drôle, car hier justement, je tombais sur un clip d’Erica Lust qui posait exactement cette question. Les réponses des femmes concernées étaient implacables: oui. Je n’ai pas vu le film, c’est la première fois que j’allais sur ce site, où m’ont entrainé les méandres d’une vraie séance de navigation sur le web, à l’ancienne, de lien en lien. Je ne suis donc pas une spécialiste, du tout, mais j’ai une suggestion qui est aussi une question.  

Et si le désir, chez certaines personnes, était particulièrement polarisé, envahi, par ce qui n’est pas du ressort de la réalité ? Voire, par le tabou, par ce qui ne peut pas, doit pas, être réel. L’attraction de l’interdit, de ce qui fait peur, c’est tellement évident : est-ce pour cela que vous ne mentionnez pas cette réponse dans votre article ? Que savez-vous et pensez vous de l’attraction des pôles opposés, pour le dire vite ?

« Peut-on souhaiter/pratiquer la soumission et être féministe »: la réponse semble être de nature intérieure. On revient à la qualité toujours subjective de l’expérience, au sens de l’expérience qui est interne, peut varier selon les individus. Mais que la réponse soit oui, cela me semble rationnel. Pour plusieurs raisons. 

L’humain n’est pas à une contradiction près. Cela donnerait: plus les femmes ont envie, et concrètement l’assument, de s’affirmer, d’être sujets, plus la soumission est « interdite », plus elle est excitante et relève du fantasme.

Champ magnétique

Après, une autre raison, évidente, est que l’homme est un petit mouton. Ou, alternative plus moderne, une photocopieuse. Promeuvez du BDSM, promouvez du BDSM, il en restera toujours quelque chose. 

Et enfin, vous le dites avec humour, « la propagation des cordes et du fouet pourrait bien révéler une réelle horizontalisation des pouvoirs. ». Je suis bien d’accord avec vous. Ce n’est pas à mes grands-mères qu’on aurait passé des menottes, croyez moi. Je peux tout à fait sentir l’horreur que cela leur aurait inspiré (je ne pense pas qu’elles étaient super dégourdies sexuellement, non plus). Confère l’autorisation du mari pour travailler déjà mentionnée, elles en avaient déjà assez, des menottes. 

Avec la libération de la femme s’ouvre un espace où vendre des cordons et du film BDSM devient possible et où s’engouffrent les marchands de fantasme.  

Cette perspective est assez déprimante. Mais comme vous le rappelez gaiement, tout ça n’a de sens que pour mieux nous faire jouir. Voilà une bonne boussole. 

Je serais très heureuse que vous exploriez (continuez à le faire) ces questions du lien entre désir, fantasme, réalité (autre que sexuelle) dans de prochains articles ! Notamment, bravo pour votre excellent post sur le fantasme de viol, qui constitue un mystère tout de même assez perturbant, et que vous contribuez à démystifier.