La femme de 40 ans choisit un sac. A-t-elle besoin du Millenial ?

La femme de 40 ans choisit un sac. A-t-elle besoin du Millenial ?

 

La merveilleuse Sophie Fontanel « confiait » récemment (dans les colonnes de l’Obs) l’obsession des grandes marques de luxe pour le millennials : le jeune d’aujourd’hui, né au tournant du millénaire. Ce n’est évidemment pas pour leur pouvoir d’achat immédiat que ces marques mettent en avant de cool millenials – riches et souvent héritiers soit dit en passant. Mais parce que ceux-ci seraient susceptibles de rendre cool des produits auprès des femmes de 40 ans qui qui travaillent (ou pas) et peuvent, in fine, éventuellement, craquer et s’offrir un sac qui vaut à peu près deux mois d’un salaire correct. Ou plus largement, autant du point de vue de la marge que du public concerné, un rouge à lèvre de la dite marque. Parce qu’elles le valent bien, parce qu’elles en ont envie, parce qu’un beau sac, ça dure la vie, et que la vie est trop courte pour ne pas faire des folies, alors pourquoi pas celle-là.

Ce qui m’inspire ceci : la femme de 40 ans n’a pas besoin des millennials pour savoir ce qui est cool.

La femme de 40 ans a grandi dans les années quatre-vingts dix, elle est de la génération des Daft Punk, des raves, des house parties, du rock indépendant. La femme de 40 ans a bu, pris des drogues (ou pas), a voyagé autant qu’elle a pu, pris des photos sur des appareils jetables, fait l’amour avec de quasi-inconnus sous des tentes, pris 15 kilos pour faire les petits marmots qui chasseront les millenials dans la catégorie des jeunes, en a perdu une grande partie et n’aime rien tant que d’oublier tout cela avec au choix et sans exclusive: une bonne série, une fête avec des potes, un we entre adultes (merci les grands-parents). Elle aime danser, pas poser pour des photos. Elle sait que le home-made, le DIY, le fait-maison, sa grand-mère le pratiquait déjà. Eh oui, elle a connu des gens qui ont connu la guerre. L’hybridation, le « concept » pour dire qu’on va faire plusieurs choses, comme de l’image, du son, du t-shirt, du sac et du maquillage et de la fondation d’art, ça ne la fait pas frémir, ça lui semble normal.  Aujourd’hui le succès de Virginie Despentes, c’est elle. Macron, c’est elle aussi.

La femme de 40 ans aime les jeunes; en fait, la femme de 40 ans se fout un peu de l’âge. Si les millennials sont trans-gender, elle est trans-âge. La femme de 40 ans a des copines qui ont 15 ans de plus qu’elle et d’autres qui en ont dix de moins. Il y a des jeunes qui lui semblent vieux et des vieilles qui n’ont rien perdu de leur fraicheur, et d’autres dont on se dit qu’on en sera bien débarrassées quand ils ne seront plus là –  les vieux cons, hein. Elle peut travailler avec des jeunes ou avec des vieux, qui peuvent être ses patrons, stagiaires ou collègues, dans n’importe quel ordre. Personne n’a l’air de l’avoir remarqué, personne ne s’en gargarise, c’est tant mieux. Elle prend les choses comme elles viennent avec le regret de ne pas les influencer davantage. Mais l’influence, ça ne s’achète pas à n’importe quel prix. Elle se bat encore au quotidien pour peser de son petit poids sur l’histoire de l’humanité, sur ce tournant immense qui voit les femmes conquérir autant de pouvoir que les hommes au bénéfice de la liberté de tous, hommes compris. Elle a bien compris qu’il s’agissait d’un combat de longue haleine et d’un combat mondial aussi. Qu’elle passera le témoin à ses petites soeurs, à ses cousines millennials, à ses filles, et que si dans un siècle, la révolution est terminée, ce sera déjà un beau résultat. Surtout qu’il faut sauver la planète entre-temps.

La femme de 40 ans porte de tout, de toutes les marques et de tous les styles, elle mélange, son style évolue un peu avec l’âge, mais pas tant que ça. Si elle s’achète un beau sac, elle veut qu’il soit classe, pas rigolo-cool (sauf si elle les achète par dizaine, mais là, c’est un autre univers). La femme de 40 n’est pas dingue du selfie mais pour le reste, les petits chats, les soldes privées, les mêmes, les appels à l’humanité, les colères etc, internet, c’est elle.

Bref, une femme de 40 ans n’a besoin de personne, ni pour être cool, ni pour acheter un sac. Si elle a besoin de voir comment le jeune millennial « interprète » le sac de luxe pour avoir envie de se l’offrir, c’est qu’elle était déjà comme cela à vingt ans : à regarder anxieusement comment font les autres pour avoir l’air cool, à scruter, à mater – sûrement des filles un peu plus expérimentées qu’elle. Trans-âge, mettez vous ça dans le crâne. Ça ne veut pas dire que le temps n’a ni prise ni effet : depuis 20 ans qu’elle a fêté ses  20 ans, la femme de 40 ans a largement eu le temps de comprendre le style. Si non, vraiment pas, on peut déclarer la cause perdue (conclusion 1).

Conclusion 2 : parce que la femme de 40 ans transâge aime les jeunes, les vieux mais aussi la sisterhood, on lui laisse une chance, à la sister en mal d’inspiration / en quête de millenial, et on se retrouve pour son soixantième anniversaire.

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