Brexit: is it fair ?

Brexit: is it fair ?

C’est la tristesse qui domine aujourd’hui face au Brexit. On peut mettre en avant l’attitude d’un pays qui représentait un frein à la construction européenne. Qui pour beaucoup, représente une vision libérale, opportuniste et réticente de cette union. A l’opposé d’une Union européenne qui reste, et devrait davantage être, une union culturelle, historique, symbolique. Ce sont justement ces trois dimensions qui me rendent si triste le départ du Royaume-Uni. Je pense aussi à ces centaines de milliers de jeunes – my dear Molly – qui ont voyagé, étudié, travaillé en Europe et au Royaume-Uni. Ou qui rêvent de le faire. Ils ont votés massivement en faveur du in: 75% des 18-25 ans selon le sondage publié par le Guardian.

Et c’est une question de démocratie qui se pose alors. La consultation du peuple par référendum, concernant un choix de souveraineté si important, peut sembler une option démocratique. Mais une décision qui engage si fortement l’avenir de tout un pays, les décennies à venir, ses générations futures, peut elle être prise à la simple majorité des votants et en l’occurence, contre sa jeunesse ? Cela me semble parfaitement injuste. Avec un ami, nous partagions le sentiment que si « on » nous privait de notre citoyenneté européenne, nous nous sentirions comme déchu de notre nationalité. Comme privé d’un droit fondamental. Ce genre de décision ne relève-t-il pas du domaine constitutionnel ? Il devrait falloir plus qu’une simple majorité des votants pour en prendre de pareilles ! (Je me pose aussi en passant une question technique: aurions-nous eu une constitution européenne, cette décision aurait-elle pu être prise dans les mêmes conditions ? )

Ce billet écrit hier, je lis aujourd’hui dans le Guardian qu’une pétition en ce sens a fait explosé le serveur de la chambre des communes (l’équivalent de notre Assemblée nationale). Il s’agit de considérer que le vote rester ou partir ne peut être valide qu’à partir d’un résultat pour l’un ou l’autre camp d’au moins 60% des votes, si la participation est d’au moins 75%. ça me semble juste. Et sage: si une population est apathique, ou disons plus gentiment indifférente, et ne va pas voter, peut-on considérer qu’elle ne compte pour rien ? C’est le fameux débat sur la « valeur » de l’abstention (ou du vote blanc, d’ailleurs). Un pouvoir qui peut être d’obstruction. Et la proportion de 60% me semble raisonnable également pour de telles décisions. La difficulté, c’est d’obtenir une adhésion à un projet à cette hauteur. Le refus est beaucoup plus facile à obtenir. C’est bien là le piège du référendum. Et tout l’enjeu de la politique aussi: comment faire adhérer à un projet par définition complexe ? Et cette vue, d’une injustice du processus, est-elle celle d’un mauvais perdant ? Qu’en pensez-vous ?

A ces jeunes – my dear Molly, nos chers Irlandais – complètement divergents de leurs ainés – y compris dans la participation, je ne vois qu’une chose à dire: vous êtes des Européens. Vous l’êtes. Alors continuez à l’être et faites-le savoir. Organisez-vous, participez à des mouvements de jeunesse comme Aegee, et vous pourrez faire entendre votre voix, influer sur le futur de l’Europe.

Chez nous, passée la tristesse, que faire ? Construire une meilleure Union, car celle-ci n’est pas satisfaisante. Voire, elle comporte des aspects franchement révoltants. Et de grandes choses. La tristesse, c’est que je doute de la capacité de nos élites politiques actuelles à projeter une vision nouvelle, et consensuelle, de l’Europe. Il faut pourtant le faire ! Et bien, et vraiment!  Et dans dix ans, quand les leavers auront commencé à décéder comme ils doivent le faire, les jeunes d’aujourd’hui pourront voter pour revenir dans une meilleure Europe. Au boulot. Que voulons-nous pour l’Europe ?

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