Que peuvent les élites ?

« Dieu a voulu qu’ils (les hommes) vécussent en commun pour se servir de guides les uns aux autres, pour qu’ils pussent voir par les yeux d’autrui ce que leur amour-propre leur cache, et qu’enfin, par un commerce sacré de confiance, ils pussent se dire et se rendre la vérité. Les hommes se la doivent donc tous mutuellement. Ceux qui négligent de nous la dire nous ravissent un bien qui nous appartient. (…) »

Si la droite républicaine avait de l’honneur, ou meme du sens politique, au lieu de faire bloc derrière son chef, elle mettrait ses principes en avant. Qu’y aurait-il de mal à dire que si les faits étaient avérés, ils seraient très graves et qu’ils remettraient en cause la candidature du candidat? Ce message n’est pas alambiqué, il est simple, il est droit dans ses bottes. Il y a des règles. On doit les respecter. On comprend que le public doute, au vu des éléments présentés. Nous avons confiance en notre capitaine et nous demandons que toute la lumière soit faite, en 15 jours – puisque la justice a l’air, pour une fois, d’aller vite, ce dont tous devraient se réjouir.  Dans d’autres pays, le capitaine aurait déjà été sacrifié. Alors, un peu de bon sens, un peu de compréhension de « l’audience », serait-ce trop demander ?

Mais non, c’est la communication, la stratégie encore et encore. Les matelots (députés LR) quittent le navire ? On accuse le navire d’en face (PS), pour tenter de souder les rangs en interne. Et ce, au mépris des principes les plus fondamentaux. Une enquête journalistique, une enquête de justice, sont qualifiées de « coup d’Etat institutionnel » (François Fillon dans le texte, hier après-midi). Nous voilà chez Trump: c’est le triomphe du noir qui est blanc, du « fait maison » industriel, de la vérité alternative et du haut qui est bien bas. Quand les piliers même de la démocratie sont qualifiés de l’exact contraire de ce qu’ils sont, c’est à dire, quand ce qui nous protège du pouvoir et de ses abus est appelé « coup d’état », l’extrême de l’abus de pouvoir, alors, on peut être extrêmement inquiet*. Ou tenté par les extrêmes. Car l’abandon des principes suscite la colère. Le dégoût. Le ras-le-bol. C’est ce qui rassemble le mieux les électeurs du Front National.

Les élites sont déboussolées. Que peuvent-elles faire ? Elles n’ont pas de prise sur cette contestation. Elles ne la contestent pas. De droite comme de gauche, tout un chacun peut comprendre l’énervement qu’on peut ressentir quand on travaille dur pour peu… et que d’autres semblent bénéficier de salaires mirifiques pour pas grand-chose. Les élites ne sont pas au contact de ce peuple qui penche vers le Front. En revanche, elles sont au contact des politiques; au contact des patrons, et même des intellectuels. Et ce qu’elles pourraient faire, aujourd’hui, demain, c’est cesser de fermer les yeux et de faire preuve de complaisance, par politesse sociale. On pourrait commencer au sein des grands clubs élitistes de Paris. Rien n’est plus puissant que la pression sociale : les élites doivent mépriser les malhonnêtes, au lieu de faire comme si de rien n’était. Cahuzac a bien dit que ce dont il a le plus souffert, c’est de l’ostracisme. Alors tant qu’à faire, ne pas attendre les procès pour être au clair sur les principes.

« Il n’y a personne qui, s’il était averti de ses défauts, pût soutenir une contradiction éternelle; il deviendrait vertueux, quand ce ne serait que par lassitude. On serait porté à faire le bien, non seulement par cette satisfaction intérieure de la conscience qui soutient les sages, mais même par la crainte des mépris qui les exerce. Le vice serait réduit à cette triste et déplorable condition où gémit la vertu, et il faudrait avoir autant de force et de courage pour être méchant, qu’il en faut, dans ce siècle corrompu, pour être homme de bien. Quand la sincérité ne nous guérirait que de l’orgueil, ce serait une grande vertu qui nous guérirait du plus grand de tous les vices. Il n’y a que trop de Narcisses dans le monde, de ces gens amoureux d’eux-mêmes. Ils sont perdus s’ils trouvent dans leurs amis de la complaisance. »

« Vivrons-nous toujours dans cet esclavage de déguiser tous nos sentiments? Faudra-t-il louer, faudra-t-il approuver sans cesse ? Portera-t-on la tyrannie jusque sur nos pensées ? Qui est-ce qui est en droit d’exiger de nous cette espèce d’idolâtrie ? Certes l’homme est bien faible de rendre de pareils hommages, et bien injuste de les exiger. Cependant, comme si tout le mérite consistait à servir, on fait parade d’une basse complaisance. »

Montesquieu, éloge de la sincérité. 

 

* Dans 1984, de Georges Orwell, la devise du parti oppresseur, Big Brother, est ainsi faite de l’alliance des contraires. LA GUERRE C’EST LA PAIX, LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE, L’IGNORANCE C’EST LA FORCE.  Comment ne pas y penser ? Nous n’en sommes pas loin.

Swagger

Le genre de film dont on voudrait voir prescrite la diffusion  obligatoire – en prévention de la carence en vitamine H comme humanisme. 

Par la grâce d’une bande-annonce funky et de quelques extraits franchement drôles diffusés sur les réseaux, avant même la projection j’avais un a priori enthousiaste sur Swagger. Finalement, ce n’est pas un film qui suscite l’enthousiasme: il fait bien plus que cela. C’est un documentaire au plus près de la personnalité des adolescents qu’il interroge. Pour commencer de me contredire, certains sont complètement enthousiasmants. D’abord, la star Régis, génial d’affirmation de lui-même et de style, les deux devenant synonymes sur le grand corps un peu mou de cet esthète – j’espère que les nombreuses maisons de couture parisiennes se sont dépêchées de lui proposer un stage, car il est merveilleux.  Et puis le doux rock brother Paul, de Pondichéry, qui porte tellement de choses sur ses frêles épaules qu’on comprend qu’il endosse le costard, et la géniale Naila, incroyable d’aplomb et tellement articulée pour son jeune âge, dont on voudrait tout de suite ouvrir la cagnotte pour financer les études d’architecture, sans qu’elle ait besoin de faire animatrice, comme l’anticipe déjà sa mère. Et d’autres personnages encore, la trop discrète Maryama ou cette jeune ado qui ne se souvient de rien, qui semble avoir oublié l’avenir, et qui, très progressivement, à peine éclôt, jette un oeil au dehors, et sourit – dont j’ai oublié le prénom mais pas le sourire et l’hésitation.

La progression, la narration, n’est pas le point fort de ce film un peu décousu, divers. Comme quoi déjà ? (Réponse: nos vies). Swagger n’envoie pas de message – il déroule des portraits, à une distance originale. Il se contente d’être au plus près des personnes, au plus près de l’humain, de la singularité des individus. Le plus près possible, mais pas trop proche non plus: les adolescents s’expriment, sur des sujets dont on se doute qu’ils sont très personnels et rarement exprimés, mais le film n’est pas dans le registre de l’intime, ni de la confidence.  Le registre des « interviews » est plutôt celui de l’expression, de l’affirmation de soi et du chemin qui y mène. C’est un équilibre subtil, il y a un dépouillement. Et au fil des séquences s’évanouit l’envie d’enthousiasme, l’attente d’un c’est génial un peu facile, et grandit l’admiration et l’empathie pour ces jeunes.

J’en suis ressortie touchée, enchantée – comme l’immense majorité du public en ligne et en salle – applaudissements de fin. Comme si j’avais pris un bain d’intelligence et de sensibilité. On y va pour voir un film positif (ou pas) sur la banlieue, on voit un film mélancolico-gai sur des individus. Et ce documentaire « sans message » en envoie finalement un, puissant: les problème sociaux et  les idées préconçues passent au second plan, après l’humain. Ils ne sont pas refoulés, ils sont là. Seulement ils passent après, et cela fait un bien fou. On apprend ainsi en passant que oui, nous n’avons pas tous la même culture, que oui, les banlieues comme Aulnay sont des ghettos ethniques, puisqu’on n’y connait aucun blanc. Et aussi que la lecture du Coran apaise, et bien d’autres choses en petites touches, qui remettent les idées en place, où elles devraient souvent rester: derrière l’expérience subjective, derrière l’humain, le vécu.

La copine de Régis le dit en gloussant, Il exagère toujours. Pas tant que cela, j’ai trouvé: ça rend fou de penser à quels dangers ces gamins sont confrontés. Mais ça rend heureux de les avoir rencontré, ces géniaux petits français, grâce au talent et à la délicatesse d’Olivier Babinet et de son équipe.

Cinema engagé : Captain Fantastic vs Daniel Blake

Peter Tunney, Skull on double album cover, 2016.
Peter Tunney, Skull on double album cover, 2016.

Hasard de la programmation, sur les écrans cette semaine, deux films qui pourraient difficilement être plus différents mais qui parlent de la même chose : de la folie du capitalisme et de la marginalité sociale, choisie ou subie. Ils portent tous les deux le nom de leur héros : Captain Fantastic et I, Daniel Blake.

Captain Fantastic est anti-capitaliste tendance retour à la nature, auto-suffisance, équilibre entre les besoins humains et la planète qui nous accueille. Il m’a laissé l’impression bizarre d’un film sur l’anticonformisme bourré de clichés. Un père et ses six enfants vivent seuls en pleine nature. Contacts hyper-limités avec le monde extérieur. La mère est absente. C’est marginal. Pourtant dès le départ, une gène: le cliché d’une cérémonie d’accession du fils au statut d’homme (il mange l’organe encore palpitant du cerf qu’il vient de tuer), et d’autres encore qui rendent beaucoup trop acceptables cette marginalité : la musique ensemble le soir au coin du feu, l’éducation littéraire stricte, la photogénie et la la totale compatibilité fashion des enfants (ah, les jeunes filles, rousses, très Coachella, et les petits, blonds comme les blés). Cerise sur le gâteau, le fils ainé, lors d’une rare incursion « en ville » , apprend par courrier qu’il est admis dans toutes les universités les plus prestigieuses des Etats-Unis, donc du monde. Rassurés par la caution Harvard, nous suivons les pérégrinations de ce groupe familial en marge et sympathique, décidé à rendre (ou pas) un hommage digne d’eux à la maman décédée et à célébrer le Noam Chomsky day malgré l’adversité. Le père sait tout faire, il assume tout, conduit son bus et montre à ses enfants – et au spectateur- l’inutilité de la production de masse et l’utilité d’avoir un corps puissant dans un esprit critique.

Captain Fantastic porte très bien son nom: c’est un film de super-héros. C’est la version green de Captain América. Le père tout puissant trébuche, comme les super-héros, à un moment, mais finalement, pas. A l’américaine,  les enfants prennent (temporairement) son rôle et la décision qui s’impose (je trouve toujours un peu inquiétant ce genre de renversement, surtout quand il est présenté dans un grand élan de sentimentalisme). Le captain redevient Fantastic, avec un peu de compromis dedans : toujours en autosuffisance, mais retour à la ferme, et les enfants vont à l’école. Captain Fantastic nous propose un modèle qui n’en est pas un:  il faut être un super-héros pour vivre une marginalité qui, de plus, ne mène qu’à la mort, à la dislocation du groupe. La société a beau être pourrie, on ne peut pas s’en couper tout à fait. L’isolement étant intenable, le seul espoir est placé dans l’autogestion (auto-production alimentaire, fabrication des vêtements, empreinte carbone quasi-nulle), le maintien du lien familial et l’éventuel destin de ces enfants à l’éducation hors norme.

C’est une belle histoire, dont on se demande où elle mène. Voie numéro 1 : Captain Fantastic est un super-héros classique, qui a réussi à « produire » des enfants conforme à son idéal, un idéal tout à fait stéréotypé et sympathique (qui n’aime pas les oeufs de poule?), à l’image ultra-esthétique, bref, un idéal désirable, mais qui ne sert à rien: puisque par définition, nous, pauvres mortels, ne sommes pas des super-héros (ni aussi beaux en salopette en jean que Viggo Mortensen). On voit bien l’impasse: tout être raisonnable ne souhaite pas s’imposer des exigences de super-héros- et s’il le désire quand même, parce que l’image est tellement belle, il est condamné à l’échec. Ou bien, au contraire, Captain Fantastic, plus subtilement, expose l’échec de la logique du super-héros, celui qui pourrait tout faire, reconstruire tout à partir de rien. Ces deux logiques sont souvent à l’oeuvre dans les films de super-héros, c’est ce qui les rend un peu plus humains et un peu moins crétins. Le film ne choisit pas entre ces deux options, mais sa dernière scène, aussi belle que cliché et tellement improbable, penche, je trouve, en faveur de la première lecture et nous éloigne du Captain d’Elton John « hardly a hero (…)with a desperate desire for change ». C’est un petit déjeuner Ricoré revu au filtre hipster : ambiance campagne, chaque enfant est plongé (calmement) dans sa propre activité, forcément positive, voire politiquement correcte : lecture, broderie, etc, en attendant le bus scolaire. Captain vient de finir de préparer les sacs pour le lunch, il mange ses céréales home-made, en cow-boy intello du nouveau siècle. De lui finalement, comme d’un super-héros, on ne sait rien, de rien: ni qui il est, ni ce qu’il a fait, à part éduquer ses enfants. Alors, va savoir.

Avec Ken Loach, on sait. I, Daniel Blake dénonce l’absurdité et l’idéologie anti-pauvre du système (dont on peine à penser qu’il est public) censé aider les plus pauvres, justement, à faire face aux aléas de l’existence, et qui s’acharne à détruire ce qu’il leur reste, la dignité. Ce faisant, il dénonce l’injustice sociale qui nait de la domination économique. I, Daniel Blake, est un film noir, très noir, mais il porte des solutions claires: la solidarité, l’entraide et l’appel vibrant – forcément poignant car il est post-mortem – aux responsables politiques, administratifs et économiques de tous poils, à respecter la dignité humaine. Toujours filmé en caméra subjective, il est moins beau et peut-être moins nerveux que d’autres films de Ken Loach, mais pas moins juste et vivant. La marginalité est tout aussi impossible à vivre que dans Captain Fantastic, mais moins flamboyante, et complètement réaliste. Pas d’utopie, pas de super-héroïsme : pourtant les personnages endurent et supportent des situations bien plus limite, pour la santé mentale et psychique, que celles de Captain Fantastic. Daniel Blake, qui n’est pas papa, s’occupe des autres,  il est presque trop sympa, il a besoin d’aide aussi, c’est très simple, très réaliste, l’absurde ressort d’autant mieux. C’est du cinéma engagé, voilà: on en sort moins bête, on en sort ému, plus conscient. Dans toute cette injustice, ce qui est juste ressort avec évidence:  la solidarité entre voisins, la main tendue à une inconnue, tout juste débarquée. C’est cliché aussi mais ça fonctionne. C’est moins didactique que Captain Fantastic – où les citations de Marx et Chomsky abondent – mais ça l’est davantage, car la démonstration, qui prend par les sentiments, est implacable. C’est du cinéma engagé, qui ne fait pas semblant de ne pas savoir ce qu’il veut dire et où il veut aller, et le spectateur avec.

Le hasard de la programmation fait bien les choses: en tant que spectateur, on peut garder pour soi et réunir les deux, l’énergie et la beauté désirable de l’utopie, et l’humanisme de Daniel Blake, qui manque cruellement au Captain, dont on perçoit bien qu’il n’aime pas beaucoup ses semblables. S’il fallait choisir, oui, je choisirais l’engagement, à la fois politique et humain, qui s’adresse de façon directe au spectateur, sans faux semblants. Et cette subvention bien plus profonde qui consiste à filmer  les pauvres avec amour et à nous faire les aimer aussi – plutôt qu’à nous faire accepter la marginalité, voire à nous l’inspirer, à petits coups de caution Harvard et de belles images.

 

Brexit: is it fair ?

C’est la tristesse qui domine aujourd’hui face au Brexit. On peut mettre en avant l’attitude d’un pays qui représentait un frein à la construction européenne. Qui pour beaucoup, représente une vision libérale, opportuniste et réticente de cette union. A l’opposé d’une Union européenne qui reste, et devrait davantage être, une union culturelle, historique, symbolique. Ce sont justement ces trois dimensions qui me rendent si triste le départ du Royaume-Uni. Je pense aussi à ces centaines de milliers de jeunes – my dear Molly – qui ont voyagé, étudié, travaillé en Europe et au Royaume-Uni. Ou qui rêvent de le faire. Ils ont votés massivement en faveur du in: 75% des 18-25 ans selon le sondage publié par le Guardian.

Et c’est une question de démocratie qui se pose alors. La consultation du peuple par référendum, concernant un choix de souveraineté si important, peut sembler une option démocratique. Mais une décision qui engage si fortement l’avenir de tout un pays, les décennies à venir, ses générations futures, peut elle être prise à la simple majorité des votants et en l’occurence, contre sa jeunesse ? Cela me semble parfaitement injuste. Avec un ami, nous partagions le sentiment que si « on » nous privait de notre citoyenneté européenne, nous nous sentirions comme déchu de notre nationalité. Comme privé d’un droit fondamental. Ce genre de décision ne relève-t-il pas du domaine constitutionnel ? Il devrait falloir plus qu’une simple majorité des votants pour en prendre de pareilles ! (Je me pose aussi en passant une question technique: aurions-nous eu une constitution européenne, cette décision aurait-elle pu être prise dans les mêmes conditions ? )

Ce billet écrit hier, je lis aujourd’hui dans le Guardian qu’une pétition en ce sens a fait explosé le serveur de la chambre des communes (l’équivalent de notre Assemblée nationale). Il s’agit de considérer que le vote rester ou partir ne peut être valide qu’à partir d’un résultat pour l’un ou l’autre camp d’au moins 60% des votes, si la participation est d’au moins 75%. ça me semble juste. Et sage: si une population est apathique, ou disons plus gentiment indifférente, et ne va pas voter, peut-on considérer qu’elle ne compte pour rien ? C’est le fameux débat sur la « valeur » de l’abstention (ou du vote blanc, d’ailleurs). Un pouvoir qui peut être d’obstruction. Et la proportion de 60% me semble raisonnable également pour de telles décisions. La difficulté, c’est d’obtenir une adhésion à un projet à cette hauteur. Le refus est beaucoup plus facile à obtenir. C’est bien là le piège du référendum. Et tout l’enjeu de la politique aussi: comment faire adhérer à un projet par définition complexe ? Et cette vue, d’une injustice du processus, est-elle celle d’un mauvais perdant ? Qu’en pensez-vous ?

A ces jeunes – my dear Molly, nos chers Irlandais – complètement divergents de leurs ainés – y compris dans la participation, je ne vois qu’une chose à dire: vous êtes des Européens. Vous l’êtes. Alors continuez à l’être et faites-le savoir. Organisez-vous, participez à des mouvements de jeunesse comme Aegee, et vous pourrez faire entendre votre voix, influer sur le futur de l’Europe.

Chez nous, passée la tristesse, que faire ? Construire une meilleure Union, car celle-ci n’est pas satisfaisante. Voire, elle comporte des aspects franchement révoltants. Et de grandes choses. La tristesse, c’est que je doute de la capacité de nos élites politiques actuelles à projeter une vision nouvelle, et consensuelle, de l’Europe. Il faut pourtant le faire ! Et bien, et vraiment!  Et dans dix ans, quand les leavers auront commencé à décéder comme ils doivent le faire, les jeunes d’aujourd’hui pourront voter pour revenir dans une meilleure Europe. Au boulot. Que voulons-nous pour l’Europe ?

Happy new year

En 2015, en France, c’était une première, on n’arrivait pas à se souhaiter bonne année. Difficile de se souhaiter bonne année tant chacun était triste de la façon dont elle avait commencé. Oui, tous nous étions tristes, suffisamment pour remettre en cause sans discussion une convention bien ancrée. En 2016, on n’y arrivait pas tellement mieux. On était surtout soulagé d’en finir avec cette année pourrie. ça ne ressemblait pas franchement à de l’espoir.

Je voulais me souvenir de ce qui a été bien, en 2015. Je n’ai pas trouvé grand chose.

  • Le 11 janvier. On peut gloser, mais nous étions des millions, partout. Un citoyen majeur sur dix était dehors. Nous n’avons jamais connu une mobilisation aussi large et massive. Ce que nous avons vécu dans ces cortèges record est indescriptible. Je me suis sentie fière de mon pays, ce jour-là.
  • L’Allemagne. C’était le désespoir du citoyen impuissant, la litanie des victimes et de la compassion individuelle qui peut peu. Et puis l’Allemagne est arrivée, elle a ouvert ses portes, a souhaité bienvenue aux familles, aux enfants épuisés, et grâce à elle l’Europe a un tout petit peu moins perdu son âme. Merci Angela.
  • La COP21. Bon, d’abord, on l’a tenue, ce qui n’était pas gagné. On n’a pas pu manifester, on a annulé plein de choses, mais on l’a eue, notre COP21: et au final, tout le monde était content. Pourquoi c’est bien ? Si tout le monde est à peu près d’accord sur le problème, c’est un bon point de départ.

Maintenant je me demande. Qu’en reste-t-il, de ces choses ? Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de les réactiver un peu ? L’avantage, avec un but de Payet, c’est qu’on sait tout de suite que ce n’est pas fait pour durer.